Yachts gelés & Sanctions : Phi vs Stefania
- E. VOTAT

- 3 avr. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 janv.
Deux yachts comparables, deux saisies, deux doctrines
Quand la gestion judiciaire des yachts gelés ou sous sanctions fait toute la différence.
Deux yachts d’exception. Deux saisies intervenues dans un contexte géopolitique comparable. Deux trajectoires radicalement opposées.
Le cas de M/Y Phi, immobilisé à Londres depuis mars 2022, et celui de M/Y Stefania, saisi en France un an plus tard puis vendu aux enchères, offrent une lecture comparative saisissante des approches britannique et française en matière de gestion des yachts gelés, sous sanctions ou saisis.
Deux yachts comparables
Longueur : 58,5 m (Phi) / 41 m (Stefania)
Architecte naval commun
Année de construction comparable (2021–2022)
Yachts de conception contemporaine, à forte valeur technologique
Actifs hautement sensibles en matière de maintenance, de sécurité et d’environnement
Phi et Stefania sont, sur le plan technique et conceptuel, des cousins directs. C’est précisément ce qui rend leur divergence de trajectoire si révélatrice.
M/Y Phi – Le contre-exemple britannique
Immobilisé neuf en mars 2022 à Canary Wharf, au cœur de Londres, M/Y Phi a fait l’objet d’une détention immédiate au titre du régime britannique des sanctions.
Constat factuel
Immobilisation sans plan structuré de maintenance à long terme
Absence de stratégie claire de préservation de la valeur
Dégradation progressive de l’actif
Perte de la classe, de l’assurance et de la navigabilité
Risques techniques et environnementaux avérés
À ce jour, Phi se trouve dans un état de quasi-abandon opérationnel, malgré sa valeur initiale estimée à environ 50 M€.
La détention prolongée, désormais validée juridiquement par la Cour suprême du Royaume-Uni, a transformé un actif d’exception en passif latent :
passif financier,
passif juridique,
passif environnemental.
M/Y Stefania – Le contre-modèle français
Saisi en France plus d’un an après Phi, M/Y Stefania a suivi une trajectoire diamétralement opposée.
Principes appliqués
Gestion proactive et centralisée de l’actif saisi
Maintien de la classe (RINA), garantissant l’assurabilité
Stationnement sécurisé et adapté
Entretien régulier et contrôlé
Maîtrise rigoureuse des coûts
Préservation — puis valorisation — de la valeur patrimoniale
Résultat :
vente aux enchères réalisée
actif préservé
estimation revalorisée d’environ 2 M€
absence de risque environnemental majeur
sortie juridique claire.
Deux doctrines, une conclusion
Royaume-Uni – Phi | France – Stefania | |
Approche | Immobilisation symbolique | Gestion proactive |
Maintenance | Non structurée | Organisée et suivie |
Classe / assurance | Perdues | Maintenues |
Valeur | Érosion | Préservée et revalorisée |
Issue | Impasse | Cession judiciaire |
Le contraste Phi / Stefania démontre une réalité fondamentale :
Le succès d’une saisie ne se mesure pas à l’acte de gel, mais à la capacité à gérer l’actif dans le temps.
La France a développé une approche pragmatique, juridiquement sécurisée et économiquement rationnelle, transformant la saisie en outil de maîtrise, et non en simple geste politique.
Un enjeu stratégique européen
Les yachts gelés et saisis constituent désormais :
des actifs à forte exposition juridique,
des risques environnementaux potentiels,
et un champ nouveau de criminalité économique.
Ne pas structurer leur gestion revient à :
détruire de la valeur,
exposer les États à des contentieux,
affaiblir la crédibilité des régimes de sanctions.
Conclusion
Phi et Stefania ne racontent pas seulement deux histoires de yachts. Ils racontent deux visions de l’action publique. L’une fige. L’autre organise, préserve et tranche.
La France maîtrise aujourd’hui l’art de la saisie pénale maritime.
Reste à transformer cette avance en leadership européen structuré.
Contact
Emmanuelle VOTAT – Judicial Yacht Asset Manager (France) - Spécialiste des actifs maritimes saisis - ev@yachting-legal-auction.com


